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 Comment s’appelle la chambre dans laquelle le basilic était enfermé dans la saga Harry Potter ?
                                La Chambre des secrets                                           
Non que l’année passée à Poudlard ait été d’un bout à l’autre une partie de plaisir. A la fin du
dernier trimestre, Harry s’était retrouvé face à face avec Lord Voldemort en personne. Et même si
Voldemort n’était plus que l’ombre délabrée de lui-même, il s’était montré toujours aussi
terrifiant, aussi retors, aussi déterminé à retrouver son pouvoir. Pour la deuxième fois de son
existence, Harry avait échappé à ses griffes, mais il s’en était tiré d’extrême justesse et même
maintenant, des semaines plus tard, il lui arrivait encore de se réveiller au milieu de la nuit,
ruisselant de sueur froide et se demandant où se trouvait Voldemort à présent, hanté par son
visage livide et ses yeux démesurés où brillait une lueur démente…
Harry se redressa soudain sur son banc. Il regardait la haie d’un air absent—et il s’aperçut que la
haie le regardait aussi. Deux énormes yeux verts venaient d’apparaître au milieu du feuillage.
Harry se leva d’un bond. Au même moment, une voix moqueuse retentit à l’autre bout du jardin.
—Je sais quel jour on est, chantonna Dudley qui s’avançait vers lui en se dandinant. Les énormes
yeux disparurent aussitôt.
—Quoi ? dit Harry, sans cesser de fixer la haie.
—Je sais quel jour on est, répéta Dudley en s’arrêtant devant lui.
—Bravo, tu as enfin réussi à apprendre les jours de la semaine, répliqua Harry.
—Aujourd’hui, c’est ton anniversaire, lança Dudley d’un ton méprisant. Comment ça se fait que
tu n’aies reçu aucune carte ? Tu n’as pas d’amis dans ton école de zigotos ?
—Il vaudrait mieux que ta mère ne t’entende pas parler de mon école, dit froidement Harry.
Dudley remonta son pantalon qui glissait sur son gros derrière.
—Pourquoi tu regardes la haie ? demanda-t-il d’un air soupçonneux.
—Je suis en train de me demander quelle serait la meilleure formule magique pour y mettre le
feu, répondit Harry.
Dudley recula en trébuchant, son visage gras déformé par la terreur.
—Tu… tu n’as pas le droit… Papa t’a dit que tu ne devais pas faire de ma… de magie… Sinon, il te
chassera de la maison… et tu ne sauras pas où aller… Tu n’as aucun ami pour s’occuper de toi.
—Abracadabra ! dit Harry d’une voix féroce. Hic, hoc, trousse-mousse et bave de crapaud…
—MAMAAAAAN ! hurla Dudley en se précipitant vers la maison d’un pas titubant.
MAMAAAAAN ! Il fait tu sais quoi !
Sa farce coûta cher à Harry. Comme ni la haie, ni Dudley n’avaient subi de dommage, la tante
Pétunia sut qu’il n’avait pas véritablement usé de magie mais il évita de justesse la poêle couverte
de mousse qu’elle tenait à la main et qu’elle essaya de lui abattre sur la tête. Elle lui donna alors
du travail à faire en lui promettant qu’il n’aurait rien à manger tant qu’il n’aurait pas terminé. Sous le regard de Dudley qui se dandinait autour de lui en léchant des glaces, Harry dut nettoyer
les carreaux, laver la voiture, tondre la pelouse, tailler et arroser les rosiers et les massifs de fleurs
et repeindre le banc. Le soleil brûlant lui tapait sur la nuque. Harry savait qu’il n’aurait pas dû
répondre à la provocation de Dudley, mais celui-ci avait touché juste en devinant ses pensées…
Peut-être n’avait-il aucun ami à Poudlard…
—S’ils voyaient le célèbre Harry Potter en ce moment… pensa-t-il amèrement tandis qu’il
répandait de l’engrais sur les massifs de fleurs, le dos douloureux, le visage ruisselant de sueur.
Il était sept heures et demie du soir lorsque, épuisé, il entendit enfin la voix de la tante Pétunia qui
l’appelait.
—Viens là ! Et fais attention, marche bien sur les journaux !
Harry se réfugia avec soulagement dans l’ombre de la cuisine étincelante. Sur le réfrigérateur était
posé le gâteau qui devait être servi au dessert : une véritable montagne de crème fouettée
parsemée de violettes en sucre. Un gigot cuisait au four dans un grésillement prometteur.
—Dépêche-toi de manger. Les Mason ne vont pas tarder ! dit sèchement la tante Pétunia en
montrant les deux tranches de pain et le morceau de fromage sur la table de la cuisine.
Elle avait déjà mis sa robe longue couleur saumon.
Harry se lava les mains et avala son pitoyable dîner. Dès qu’il eut terminé, la tante Pétunia
s’empressa d’ôter son assiette.
—Allez, dans ta chambre ! Et vite ! ordonna-t-elle.
Lorsqu’il passa devant la porte du salon, Harry aperçut l’oncle Vernon et Dudley vêtus de vestes
de smoking avec des nœuds papillon. Il avait tout juste posé le pied sur le palier du premier étage
lorsque la sonnerie de la porte d’entrée retentit. Le visage furieux de l’oncle Vernon apparut alors
au bas de l’escalier.
—Souviens-toi, mon garçon. Un seul bruit et…
Harry rejoignit sa chambre sur la pointe des pieds, se glissa à l’intérieur, referma la porte et se
dirigea vers son lit pour s’y laisser tomber.
L’ennui, c’est que quelqu’un y était déjà assis.
2 L’AVERTISSEMENT DE DOBBY
Harry se retint de pousser un cri, mais il s’en fallut de peu. La petite créature assise sur le lit avait
de grandes oreilles semblables à celles d’une chauve-souris, et des yeux verts globuleux de la
taille d’une balle de tennis. Harry comprit aussitôt que c’étaient ces yeux-là qui l’avaient observé
le matin même, cachés dans la haie du jardin.
Tandis que Harry et la créature restaient là à s’observer, la voix de Dudley retentit dans le hall
d’entrée. —Puis-je vous débarrasser de vos manteaux, Mr et Mrs Mason ?
La créature se laissa glisser du lit et s’inclina si bas que le bout de son nez toucha le tapis. Harry
remarqua qu’elle était vêtue d’une espèce de taie d’oreiller dans laquelle on avait découpé des
trous pour laisser passer les bras et les jambes.
—Heu… bonjour, dit Harry, pas très à l’aise.
—Harry Potter, dit la créature d’une petite voix aiguë qu’on devait sûrement entendre dans toute
la maison. Oh, Monsieur, il y a si longtemps que Dobby rêvait de faire votre connaissance… C’est
un si grand honneur…
—M… merci, répondit Harry en longeant le mur vers la chaise de son bureau sur laquelle il se
laissa tomber, à côté d’Hedwige endormie dans sa grande cage.
Il aurait eu envie de demander « Qu’est-ce que vous êtes, exactement ? », mais il eut peur d’être
impoli et demanda plutôt :
—Qui êtes-vous ?
—Dobby, Monsieur. Dobby, rien de plus. Dobby l’elfe de maison, répondit la créature.
—Ah, vraiment ? dit Harry. Excusez-moi, je ne voudrais pas vous paraître discourtois, mais je ne
crois pas que le moment soit bien choisi pour recevoir un elfe de maison dans ma chambre.
Le petit rire faux et pointu de la tante Pétunia s’éleva dans le salon. L’elfe baissa la tête.
—Je suis enchanté de faire votre connaissance, croyez-le bien, s’empressa d’ajouter Harry, mais je
me demande… quel est le… motif de votre présence ?
—Eh bien voilà, Monsieur, répondit l’elfe avec gravité. Dobby est venu vous dire… Ah, c’est très
difficile, Monsieur… Dobby se demande par où commencer…
—Asseyez-vous donc, dit poliment Harry en montrant le lit.
Horrifié, il vit alors l’elfe éclater en sanglots. Des sanglots particulièrement bruyants.
—Ass… asseyez-vous ! gémit la créature. Jamais… au grand jamais…
Harry eut l’impression que les voix en provenance du salon s’étaient quelque peu troublées.
—Je suis désolé, murmura-t-il, je ne voulais pas vous offenser…
—Offenser Dobby ! sanglota l’elfe. Jamais encore un sorcier n’avait demandé à Dobby de
s’asseoir… comme un égal…
Harry essaya de l’inciter au silence tout en s’efforçant de le réconforter et le fit asseoir sur le lit où
il resta là à hoqueter. Il avait l’air d’une grosse poupée repoussante de laideur. Enfin, l’elfe parvint
à se calmer et fixa Harry de ses grands yeux humides avec une expression d’adoration.
—Les sorciers que vous fréquentez ne doivent pas être très aimables, plaisanta Harry en espérant l’égayer.
Dobby hocha la tête. Puis, sans prévenir, il se leva d’un bond et se cogna violemment la tête
contre la fenêtre en criant : « Méchant Dobby ! Méchant Dobby ! »
—Arrêtez ! Qu’est-ce que vous faites ? chuchota Harry en se précipitant pour ramener Dobby sur
le lit.
Hedwige s’était réveillée en poussant un hululement particulièrement perçant et battait
frénétiquement des ailes contre les barreaux de sa cage.
—Il fallait que Dobby se punisse, Monsieur, dit l’elfe qui s’était mis à loucher légèrement. Dobby
a failli dire du mal de sa famille…
—Votre famille ?
—Dobby est au service d’une famille de sorciers, Monsieur… Dobby est un elfe de maison qui
doit servir à tout jamais la même maison et la même famille.
—Et ils savent que vous êtes ici ? demanda Harry avec curiosité. Dobby frissonna.
—Oh, non, Monsieur, non… Dobby va devoir se punir très sévèrement pour être venu vous voir,
Monsieur. Dobby devra se pincer les oreilles dans la porte du four pour avoir fait une chose
pareille. S’ils l’apprenaient, Monsieur…
—Mais ils vont s’en apercevoir si vous vous pincez les oreilles dans la porte du four, non ?
—Dobby en doute, Monsieur. Dobby doit toujours se punir pour quelque chose, Monsieur. Ils
laissent le soin à Dobby de s’en occuper. Parfois, ils lui rappellent simplement qu’il doit s’infliger
quelques punitions supplémentaires…
—Mais pourquoi n’essayez-vous pas de vous enfuir ?
—Pour retrouver sa liberté, un elfe de maison doit être affranchi par ses maîtres, Monsieur. Et sa
famille ne permettra jamais à Dobby d’être libre… Dobby devra la servir jusqu’à sa mort,
Monsieur…
Harry le regarda avec des yeux ronds.
—Et moi qui pensais que c’était un triste sort d’avoir à passer encore quatre semaines ici, dit-il. A
côté, les Dursley ont presque l’air humain. Personne ne peut donc vous aider ? Je ne peux pas
faire quelque chose pour vous ?
Harry regretta d’avoir parlé car à nouveau, Dobby se répandit en gémissements de gratitude.
—S’il vous plaît, murmura précipitamment Harry, je vous en prie, taisez-vous, si jamais les
Dursley entendent quelque chose, s’ils s’aperçoivent de votre présence…
—Harry Potter demande s’il peut aider Dobby… Dobby avait entendu parler de votre grandeur,
Monsieur, mais il ne savait rien de votre générosité… —Tout ce qu’on vous a dit sur ma grandeur n’est qu’un tissu de bêtises, dit Harry qui sentait ses
joues en feu. Je n’étais même pas premier de la classe, à Poudlard, c’était Hermione la meilleure,
elle…
Mais il s’interrompit. Penser à Hermione lui était douloureux.
—Harry Potter est humble et modeste, dit Dobby d’un ton révérencieux, ses gros yeux exorbités
brillant d’émotion. Harry Potter ne parle pas de sa victoire triomphante sur Celui-Dont-Le-NomNe-Doit-Pas-Être-Prononcé.
—Voldemort ? dit Harry.
Dobby plaqua ses mains contre ses oreilles.
—Ah, Monsieur, ne prononcez pas ce nom ! gémit-il. Ne prononcez pas ce nom !
—Désolé, dit Harry avec précipitation. Je sais que beaucoup de gens n’aiment pas l’entendre.
Mon ami Ron, par exemple…
Il s’interrompit à nouveau. Penser à Ron lui était tout aussi douloureux.
Dobby se pencha vers Harry, les yeux ronds comme des phares.
—Dobby a entendu dire que Harry Potter avait à nouveau affronté le Seigneur des Ténèbres il y a
quelques semaines… et qu’il avait réussi à lui échapper une fois de plus, dit Dobby d’une voix
rauque.
Harry approuva d’un signe de tête et des larmes brillèrent soudain dans les yeux de Dobby.
—Ah, Monsieur, sanglota-t-il en s’essuyant le visage avec un coin de la taie d’oreiller crasseuse
qui lui tenait lieu de vêtement. Harry Potter est vaillant et audacieux ! Il a déjà bravé tant de
dangers ! Mais Dobby est venu protéger Harry Potter, il est venu l’avertir, même s’il doit se pincer
les oreilles dans la porte du four pour se punir… Harry Potter ne doit pas retourner à Poudlard.
Il y eut un long silence seulement troublé par des bruits de couteaux et de fourchettes et le
ronronnement de la voix de l’oncle Vernon qu’on entendait au rez-de-chaussée.
—Ou… quoi ? balbutia Harry. Mais il faut que j’y retourne. La rentrée a lieu le premier
septembre. C’est la seule chose qui m’aide à tenir le coup. Vous ne savez pas ce que c’est que de
vivre ici. Je n’ai rien à faire dans cette famille. J’appartiens au monde des sorciers… au monde de
Poudlard.
—Non, non, non, couina Dobby en hochant la tête si fort que ses oreilles battaient comme des
ailes. Harry Potter doit rester là où il est en sécurité. Il est trop grand, trop généreux, pour qu’on
prenne le risque de le perdre. Et si Harry Potter retourne à Poudlard, il courra un danger mortel.
—Pourquoi ? s’étonna Harry.
—Il existe un complot, Harry Potter. Un complot qui provoquera des événements terrifiants à
l’école de sorcellerie de Poudlard, cette année, murmura Dobby en se mettant soudain à trembler de tous ses membres. Il y a des mois maintenant que Dobby est au courant. Harry Potter ne doit
pas mettre sa vie en péril. Il est trop important, Monsieur !
—Et quels sont ces événements si terrifiants ? demanda aussitôt Harry. Qui est à l’origine de ce
complot ?
Un drôle de bruit s’échappa de la gorge de Dobby qui se cogna frénétiquement la tête contre le
mur.
—D’accord, d’accord ! s’exclama Harry en saisissant l’elfe par le bras pour l’éloigner du mur.
Vous ne pouvez pas me le dire, je comprends très bien. Mais pourquoi prenez-vous la peine de
me prévenir, moi ?
Une pensée désagréable lui vint alors à l’esprit.
—Attendez… Est-ce que ça aurait quelque chose à voir avec Vol… pardon, avec Vous-Savez-Qui
? Répondez-moi simplement d’un signe de tête, s’empressa-t-il d’ajouter en voyant que Dobby
s’approchait à nouveau du mur.
Lentement, Dobby fit « non » de la tête.
—Non… Cela ne concerne pas Celui-Dont-Le-Nom-Ne-Doit-Pas-Etre-Prononcé, Monsieur.
Mais les yeux de Dobby étaient grands ouverts comme s’il essayait de suggérer quelque chose à
Harry. Celui-ci, cependant, ne voyait absolument pas où il voulait en venir.
—Il n’a pas de frère ?
Dobby hocha à nouveau la tête, les yeux plus exorbités que jamais.
—Dans ce cas, je ne vois pas qui d’autre aurait le pouvoir de provoquer des événements
terrifiants à Poudlard, dit Harry. Surtout face à Dumbledore… Vous savez qui est Dumbledore,
n’est-ce pas ?
Dobby baissa la tête.
—Albus Dumbledore est le plus grand directeur que Poudlard ait jamais eu. Dobby le sait,
Monsieur. Dobby a entendu dire que les pouvoirs de Dumbledore rivalisent avec ceux de CeluiDont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom au plus fort de sa puissance. Pourtant, Monsieur…
La voix de Dobby se transforma en un murmure pressant.
—Il y a des pouvoirs que Dumbledore ne… des pouvoirs qu’un sorcier digne de ce nom…
Et avant que Harry ait eu le temps de réagir, Dobby sauta du lit, attrapa la lampe posée sur le
bureau de Harry et commença à se donner des coups sur la tête en poussant des cris
assourdissants.
Au rez-de-chaussée, il y eut un silence soudain. Un instant plus tard, Harry, le cœur battant à tout
rompre, entendit l’oncle Vernon se diriger vers le hall en lançant d’une voix forte : —Dudley a encore dû laisser sa télévision allumée, le garnement !
—Vite ! Dans le placard ! murmura Harry en poussant Dobby dans la penderie qu’il referma sur
lui.
Il se jeta ensuite sur le lit au moment où la poignée de la porte tournait.
—Tu peux m’expliquer ce que tu es en train de fabriquer ? dit l’oncle Vernon sans desserrer les
dents, son horrible visage tout près de celui de Harry. Tu viens de gâcher la chute de ma blague
sur le golfeur japonais… Encore un bruit et je te ferai regretter d’être venu au monde, mon garçon
!
Et il quitta la chambre d’un pas sonore.
Tremblant de la tête aux pieds, Harry délivra Dobby de la penderie.
—Vous avez vu comment c’est, ici ? dit-il. Vous comprenez pourquoi il faut que je retourne à
Poudlard ? C’est le seul endroit où j’ai… enfin, où je crois avoir des amis.
—Des amis qui n’écrivent même pas à Harry Potter ? dit Dobby d’un ton sournois.
—J’imagine qu’ils ont dû… mais au fait… dit Harry en fronçant les sourcils. Comment savez-vous
que mes amis ne m’ont pas écrit ?
Dobby se tortilla sur place, visiblement mal à l’aise.
—Harry Potter ne doit pas se fâcher contre Dobby. Dobby a voulu faire pour le mieux…
—C’est vous qui avez intercepté mes lettres ?
—Dobby les a apportées avec lui, Monsieur, dit l’elfe.
Il fit un rapide pas en arrière pour rester hors de portée de Harry et tira une épaisse liasse
d’enveloppes de sa taie d’oreiller. Harry reconnut l’écriture propre et nette d’Hermione et celle
beaucoup plus désordonnée de Ron. Il aperçut même un gribouillis qui semblait être de la main
de Hagrid, le garde-chasse de Poudlard.
L’air anxieux, Dobby regarda Harry en clignant des yeux.
—Harry Potter ne doit pas se mettre en colère… Dobby espérait que… si Harry Potter pensait que
ses amis l’avaient oublié… Harry Potter ne voudrait plus retourner à l’école, Monsieur…
Harry n’écoutait pas. Il essaya d’arracher les lettres des mains de Dobby, mais celui-ci fit un bond
en arrière pour se maintenir hors de portée.
—Harry Potter aura ses lettres, Monsieur, à condition qu’il donne sa parole à Dobby qu’il ne
retournera pas à Poudlard. Ah, Monsieur, il ne faut pas que vous affrontiez un tel danger !
Promettez-moi que vous ne retournerez pas là-bas !
—Je ne promettrai rien du tout ! répliqua Harry avec colère. Rendez-moi les lettres de mes amis ! —Dans ce cas, Harry Potter ne laisse pas le choix à Dobby, dit l’elfe avec tristesse.
Et avant que Harry ait pu faire un geste, Dobby se précipita sur la porte de la chambre, l’ouvrit et
dévala l’escalier.
La gorge sèche, l’estomac noué, Harry se rua derrière lui en essayant de ne pas faire de bruit. Il
sauta d’un bond les six dernières marches et atterrit sur la moquette du hall d’entrée avec la
souplesse d’un chat, cherchant Dobby des yeux. De la salle à manger lui parvenait la voix de
l’oncle Vernon qui disait :
—Racontez donc à Pétunia cette histoire désopilante sur les plombiers américains, Mr Mason.
Elle a tellement envie de la connaître…
Harry se précipita dans la cuisine. Lorsqu’il arriva devant la porte, il crut recevoir un coup de
poing à l’estomac.
Le chef-d’œuvre pâtissier de sa tante, la montagne de crème et de violettes en sucre, flottait dans
l’air, près du plafond. Dans un coin, il vit Dobby accroupi sur le buffet.
—Non, dit Harry d’une voix rauque. S’il vous plaît, pas ça… Ils vont me tuer…
—Harry Potter doit promettre qu’il ne retournera pas à l’école…
—Dobby, s’il vous plaît…
—Promettez-le, Monsieur…
—C’est impossible !
Dobby le regarda d’un air désespéré.
—Dans ce cas, Dobby doit agir, Monsieur, pour le bien de Harry Potter.
Et l’immense gâteau s’écrasa sur le carrelage dans un fracas épouvantable. Le plat vola en éclats,
éclaboussant les murs et les fenêtres de crème fouettée et de violettes. Dobby disparut alors avec
un bruit sec, comme le claquement d’un fouet.
Des cris retentirent dans la salle à manger et l’oncle Vernon surgit dans la cuisine où il trouva
Harry figé de terreur et couvert des pieds à la tête de gâteau à la crème.
Tout d’abord, il sembla que l’oncle Vernon allait réussir à minimiser l’incident (« Ce n’est rien,
c’est notre neveu, il est un peu perturbé… il a peur de voir des gens qu’il ne connaît pas, alors il
reste dans sa chambre, au premier étage… »). Il ramena les Mason stupéfaits dans la salle à
manger, promit à Harry de l’écorcher vif dès que ses invités seraient partis et lui donna une
serpillière. La tante Pétunia dénicha un peu de glace dans le congélateur et Harry, toujours sous le
choc, entreprit de nettoyer la cuisine.
A ce moment de la soirée, l’oncle Vernon aurait encore pu conclure son marché, s’il n’y avait pas
eu la chouette. La tante Pétunia était en train d’offrir des chocolats à la menthe lorsqu’une énorme chouette
s’engouffra dans une fenêtre de la salle à manger, laissa tomber une lettre sur la tête de Mrs
Mason et ressortit aussitôt. Mrs Mason poussa un hurlement et se rua hors de la maison en criant
qu’elle ne voulait plus rester un seul instant dans cette maison de fous. Mr Mason, lui, resta juste
assez longtemps pour préciser aux Dursley que son épouse avait une peur bleue des oiseaux de
toutes formes et de toutes tailles et leur demander si c’était là leur conception de l’humour.
Dans la cuisine, Harry, appuyé sur le manche de son balai de peur que ses jambes ne le trahissent,
vit l’oncle Vernon s’avancer vers lui, une lueur démoniaque dans ses yeux minuscules.
—Lis ça ! siffla-t-il d’un ton mauvais en brandissant la lettre que la chouette avait apportée.
Allez, lis !
Harry prit la lettre. Ce n’était pas une carte d’anniversaire.
Cher Mr Potter,
Nous avons été informés qu’un sortilège de lévitation a été utilisé dans votre lieu de résidence ce
soir à neuf heures douze.
Comme vous le savez, les sorciers de premier cycle ne sont pas autorisés à jeter des sorts en
dehors de l’école et toute récidive dans l’utilisation de tels sortilèges pourrait entraîner votre
expulsion de ladite école (décret sur la Restriction de l’usage de la magie chez les sorciers de
premier cycle, article 1875, alinéa C).
Nous vous rappelons également que toute pratique de sorcellerie susceptible d’être remarquée par
des membres de la communauté non magique (Moldus) constitue un délit puni par l’article 13 du
code du secret établi par la Confédération internationale des mages et sorciers.
En vous souhaitant d’agréables vacances, nous vous prions de croire, cher Mr Potter, en
l’assurance de nos sentiments distingués.
Mafalda Hopkrik
Service des Usages abusifs de la Magie.
Ministère de la Magie.
Harry releva la tête et déglutit avec difficulté.
—Tu ne nous avais jamais dit que tu n’avais pas le droit de faire de la magie en dehors de l’école,
dit l’oncle Vernon, avec une lueur démente dans le regard. Tu as sans doute oublié de nous en
parler…
Il avait l’air d’un énorme bouledogue toutes dents dehors.
—Eh bien, j’ai des nouvelles pour toi, mon garçon… Désormais, tu seras enfermé dans ta
chambre… Et tu ne retourneras jamais dans cette école, jamais… Car de toute façon, si tu essayes
de t’échapper à coups de formules magiques, tu seras renvoyé ! Et avec un rire de fou furieux, il traîna Harry jusqu’au premier étage.
L’oncle Vernon tint parole. Le lendemain matin, il fit venir quelqu’un pour poser des barreaux à la
fenêtre de la chambre de Harry et il se chargea lui-même d’installer une petite trappe au bas de la
porte pour qu’on puisse lui passer de quoi se nourrir trois fois par jour. Harry avait le droit de
sortir une fois le matin et une fois le soir pour utiliser la salle de bains. Le reste du temps, il était
bouclé dans sa chambre.
Trois jours passèrent et les Dursley se montraient toujours aussi intraitables. Harry ne voyait
aucune issue. Allongé sur son lit, il regardait le soleil se coucher en se demandant avec tristesse
ce qui allait bien pouvoir lui arriver.
A quoi bon essayer de s’échapper par la magie si cela devait entraîner son exclusion de Poudlard
? D’un autre côté, la vie à Privet Drive n’avait jamais été aussi insupportable. A présent que les
Dursley étaient certains qu’ils ne risquaient pas de se retrouver transformés en chauve-souris, il
avait perdu sa seule arme contre eux. Dobby l’avait peut-être sauvé d’événements terrifiants, mais
au train où allaient les choses, il allait probablement finir par mourir de faim.
La trappe aménagée dans la porte bascula et la main de la tante Pétunia apparut, poussant à
l’intérieur de la chambre un bol rempli de soupe en boîte. Harry, qui avait mal à l’estomac à force
d’avoir faim, sauta à bas du lit et saisit le bol. La soupe était froide, ce qui ne l’empêcha pas d’en
avaler la moitié d’une seule lampée. Il traversa alors la chambre et versa dans la
mangeoire vide d’Hedwige les quelques morceaux de légumes détrempés restés au fond du bol.
La chouette ébouriffa ses plumes et lui lança un regard dégoûté.
—Ce n’est pas le moment de faire le fin bec, c’est tout ce qu’il y a à manger, dit-il d’un air sombre.
Il alla reposer le bol vide près de la trappe et retourna s’allonger sur le lit en ayant encore plus
faim qu’avant.
En admettant qu’il soit encore vivant dans quatre semaines, que se passerait-il s’il ne se montrait
pas à Poudlard ? Enverraient-ils quelqu’un pour voir ce qui se passait ? Parviendraient-ils à
obliger les Dursley à le laisser partir ?
La pièce devenait de plus en plus sombre. Epuisé, l’estomac gargouillant, tournant et retournant
sans cesse dans sa tête les mêmes questions insolubles, Harry sombra dans un sommeil agité.
Il rêva qu’on le montrait dans un zoo. Sur sa cage, un écriteau indiquait : Sorcier de premier
cycle. Allongé sur une litière de paille, faible et affamé, il voyait les visiteurs le regarder avec des
yeux ronds. Dans la foule, il reconnaissait Dobby et se mettait à crier pour l’appeler à l’aide mais
il l’entendait lui répondre :
—Harry Potter est en sécurité dans sa cage, Monsieur !
Puis, l’elfe disparaissait. C’était alors au tour des Dursley d’apparaître et il voyait Dudley taper sur
les barreaux de la cage en se moquant de lui.
—Arrête, marmonnait Harry, tandis que le bruit lancinant des coups sur le métal martelait son cerveau douloureux. Laisse-moi tranquille… Arrête… j’essaie de dormir…
Il ouvrit soudain les yeux. Le clair de lune entrait par la fenêtre et quelqu’un l’observait
véritablement à travers les barreaux : un visage constellé de taches de son, avec des cheveux roux
et un long nez.
Harry reconnut aussitôt Ron Weasley.
3 LE TERRIER
—Ron ! chuchota Harry en se glissant près de la fenêtre.
Il souleva le panneau coulissant pour qu’ils puissent se parler à travers les barreaux.
—Ron, comment t’as fait… qu’est-ce que… ? Harry resta bouche bée lorsqu’il vit que Ron était
penché à la fenêtre arrière d’une vieille voiture vert turquoise qui s’était immobilisée dans les airs.
A l’avant de la voiture, Fred et George, les deux frères jumeaux de Ron, lui souriaient.
—Ça va, Harry ?
—Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Ron. Pourquoi tu n’as pas répondu à mes lettres ? Je t’ai
invité à venir chez nous une bonne douzaine de fois et là-dessus, Papa rentre à la maison et nous
raconte que tu as reçu un avertissement pour avoir fait de la magie devant des Moldus.
—Ce n’était pas moi. Et d’abord, comment l’a-t-il su ?
—Il travaille au ministère, répondit Ron. Et tu sais très bien qu’on n’a pas le droit de faire de
magie en dehors de l’école…
—Ça te va bien de dire ça, répliqua Harry en montrant la voiture volante.
—Oh, ça ne compte pas, dit Ron, on n’a fait que l’emprunter. Elle est à Papa, ce n’est pas nous qui
l’avons trafiquée. Mais faire de la magie sous le nez des Moldus chez qui tu habites…
—Ce n’était pas moi, je te dis. Mais ce serait trop long à expliquer. Ecoute-moi, est-ce que tu
pourrais dire à Poudlard que les Dursley m’ont enfermé et qu’ils refusent de me laisser retourner à
l’école ? Je ne peux pas me sortir de là par une formule magique, sinon le ministère de la Magie
dirait que c’est la deuxième fois en trois jours que j’enfreins le règlement, alors…
—Arrête tes bavardages, dit Ron. On est venus te chercher pour t’emmener à la maison.
—Mais toi non plus, tu n’as pas le droit de me délivrer par une formule magique…
—On n’en aura pas besoin, assura Ron en montrant ses deux frères d’un signe de tête. Tu oublies
qui m’accompagne !
—Attache ça aux barreaux, dit Fred qui lança à Harry l’extrémité d’une corde.
—Si les Dursley se réveillent, je suis mort, dit Harry en nouant solidement la corde autour des
barreaux tandis que Fred donnait de grands coups d’accélérateur. —T’inquiète pas, dit Fred, et recule un peu.
Harry recula près de la cage d’Hedwige qui observait la scène en silence. Elle semblait avoir
compris qu’il se passait quelque chose d’important. Le moteur de la voiture s’emballa et soudain,
il y eut un grand bruit : Fred avait foncé tout droit dans les airs et les barreaux de la fenêtre
avaient été arrachés net. Harry se précipita et vit les barreaux qui pendaient au bout de la corde, à
moins d’un mètre du sol. Le souffle court, Ron les hissa à l’intérieur de la voiture. Inquiet, Harry
tendit l’oreille, mais aucun son ne provenait de la chambre des Dursley.
Fred fit alors une marche arrière pour se rapprocher le plus près possible de la fenêtre de Harry.
—Allez, monte, dit Ron.
—Il faut que j’emporte mes affaires, dit Harry. Ma baguette magique, mon balai…
—Où elles sont ?
—Dans un placard sous l’escalier et la porte de ma chambre est fermée à clé.
—Pas de problème, dit Georges qui était assis à côté de Fred. Laisse-nous passer.
Fred et George se glissèrent alors avec précaution par la fenêtre de la chambre. Il valait mieux les
laisser faire, pensa Harry en voyant George sortir de sa poche une simple épingle à cheveux avec
laquelle il entreprit de forcer la serrure.
—Les sorciers pensent que c’est une perte de temps d’apprendre les astuces des Moldus, dit Fred,
mais ils ont des techniques qui valent la peine d’être connues, même si elles sont un peu lentes.
Il y eut un déclic et la porte de la chambre s’ouvrit.
—Bon, on va chercher ta valise, pendant ce temps-là, prends tout ce qui peut t’être utile et passele à Ron, chuchota George.
—Faites attention à la dernière marche, elle craque, chuchota Harry aux jumeaux qui
s’enfonçaient dans les ténèbres de l’escalier.
Harry fit rapidement le tour de sa chambre en rassemblant ses affaires qu’il passa à Ron par la
fenêtre. Puis il alla aider Fred et George à hisser sa grosse valise en haut de l’escalier. Harry
entendit l’oncle Vernon tousser.
Hors d’haleine, ils atteignirent enfin le palier du premier étage et transportèrent la lourde valise
jusqu’à la fenêtre. Fred remonta dans la voiture pour aider Ron à la tirer à l’intérieur tandis que
Harry et George la poussaient de l’autre côté. Centimètre par centimètre, la valise glissa à travers
la fenêtre de la voiture.
L’oncle Vernon toussa à nouveau.
—Encore un peu, dit Fred, tout essoufflé. Poussez un bon coup…
Harry et George pesèrent de tout leur poids contre la valise qui bascula enfin sur la banquette arrière de la voiture.
—O. K., on y va, chuchota George.
Mais au moment où Harry grimpait sur le rebord de la fenêtre, un cri aigu retentit derrière lui,
suivi par la voix tonitruante de l’oncle Vernon.
—CETTE FICHUE CHOUETTE !
—J’ai oublié Hedwige !
Harry retourna aussitôt à l’intérieur de la chambre. Au même moment la lumière du couloir
s’alluma. Il attrapa la cage d’Hedwige, se rua vers la fenêtre, passa la cage à Ron et remonta sur le
rebord à l’instant où l’oncle Vernon tambourinait à la porte… qui s’ouvrit à la volée.
Pendant une fraction de seconde, l’oncle Vernon resta pétrifié à l’entrée de la chambre; puis il
laissa échapper un beuglement de taureau furieux et plongea sur Harry en le saisissant par une
cheville.
Ron, Fred et George empoignèrent Harry par les bras et le tirèrent vers eux de toutes leurs forces.
—Pétunia ! rugit l’oncle Vernon. Il s’échappe ! IL EST EN TRAIN DE S’ENFUIR !
D’un même mouvement, les frères Weasley tirèrent Harry si fort que sa cheville glissa des mains
de l’oncle Vernon.
—Pied au plancher, Fred ! hurla Ron dès que Harry fut dans la voiture et qu’il eut claqué la
portière.
La voiture s’élança alors vers la lune.
Harry avait du mal à le croire : il était libre ! Il baissa la vitre, le vent de la nuit ébouriffa ses
cheveux, et il regarda les toits des maisons de Privet Drive s’éloigner derrière lui. Les yeux ronds
et la bouche grande ouverte, l’oncle Vernon, la tante Pétunia et le gros Dudley, tous trois penchés
à la fenêtre de la chambre, regardaient la voiture s’élever dans les airs.
—A l’été prochain ! leur cria Harry.
Les Weasley éclatèrent de rire et Harry s’installa confortablement sur la banquette en souriant
d’une oreille à l’autre.
—Laisse sortir Hedwige, dit-il à Ron. Elle volera derrière nous. Il y a un temps fou qu’elle n’a pas
eu l’occasion de se dégourdir les ailes.
George donna à Ron l’épingle à cheveux et un instant plus tard, Hedwige s’élançait avec bonheur
par la fenêtre de la voiture qu’elle accompagna en planant comme un fantôme.
—Alors… Raconte, Harry, dit Ron avec impatience. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Harry leur raconta l’histoire de Dobby, l’avertissement qu’il lui avait donné et le triste sort du
gâteau aux violettes. Un long silence stupéfait suivit son récit. —Vraiment louche, tout ça, dit enfin Ron.
—Tout ce qu’il y a de plus bizarre, approuva George. Il ne t’a même pas dit qui est derrière ce
complot ?
—Je pense qu’il lui était impossible de le dire, répondit Harry. Chaque fois qu’il était sur le point
de laisser échapper quelque chose, il se cognait la tête contre le mur. Il vit Fred et George
échanger un regard.
—Vous croyez qu’il m’a raconté des histoires ? dit-il.
—Les elfes de maison ont de grands pouvoirs magiques, répondit Fred, mais d’habitude, ils n’ont
pas le droit de s’en servir sans l’autorisation de leurs maîtres. J’imagine que Dobby a été envoyé
par quelqu’un pour essayer de t’empêcher de revenir à Poudlard. Quelqu’un qui voulait te faire
une mauvaise farce. Tu ne vois pas qui pourrait t’en vouloir, à l’école ?
—Oh, si, répondirent Harry et Ron d’une même voix.
—Drago Malefoy, dit Harry. Il me déteste.
—Drago Malefoy ? dit George en se tournant vers lui. Ce ne serait pas le fils de Lucius Malefoy
?
—Si, probablement. Ce n’est pas un nom très courant. Pourquoi ?
—J’ai entendu Papa parler de ce type-là, dit George. C’était un des plus proches partisans de TuSais-Qui.
—Et quand Tu-Sais-Qui a disparu, ajouta Fred en se tordant le cou pour regarder Harry, Lucius
Malefoy est revenu en disant qu’il n’avait jamais voulu tout ça. Tu parles ! D’après Papa, il faisait
partie des intimes de Tu-Sais-Qui.
Harry avait déjà entendu les rumeurs qui circulaient sur la famille de Malefoy et il n’en était pas
surpris. A côté de Drago Malefoy, Dudley Dursley était un modèle de gentillesse, de sensibilité et
de prévenance !
—Je ne sais pas si les Malefoy ont un elfe de maison, dit Harry.
—En tout cas, les maîtres de Dobby appartiennent sûrement à une vieille famille de sorciers et ils
doivent être riches, dit Fred.
—Maman a toujours eu envie d’avoir un elfe de maison pour s’occuper du repassage, dit George.
Mais tout ce qu’on a, c’est une vieille goule pouilleuse dans le grenier et des gnomes qui
envahissent le jardin. Les elfes de maison, on les trouve dans les vieux manoirs ou les châteaux,
aucune chance d’en voir un chez nous…
Harry resta silencieux. Drago Malefoy avait toujours tout ce qu’il voulait, sa famille devait rouler
sur l’or. Il imaginait très bien Malefoy se pavanant dans un vaste manoir. Et il était parfaitement
capable d’envoyer un domestique pour essayer d’empêcher Harry de retourner à Poudlard. Harry
avait été idiot de prendre Dobby au sérieux. —En tout cas, je suis content qu’on soit venus te chercher, dit Ron. Je commençais à m’inquiéter
sérieusement en voyant que tu ne répondais pas à mes lettres. Au début, j’ai cru que c’était la faute
d’Errol…
—Errol ?
—C’est notre hibou. Il est très vieux. Ce n’aurait pas été la première fois qu’il se serait évanoui
d’épuisement en allant porter le courrier. Alors, j’ai essayé d’emprunter Hermès.
—Qui ça ?
—Le hibou que mes parents ont offert à Percy quand il a été nommé préfet à Poudlard, dit Fred.
—Mais Percy a refusé de me le prêter, dit Ron. Il a prétendu qu’il en avait besoin.
—Percy est très bizarre depuis le début des vacances, dit George en fronçant les sourcils. Il
envoie beaucoup de courrier et il reste presque tout le temps enfermé dans sa chambre… Mais on
ne peut quand même pas passer toutes ses journées à astiquer son insigne de préfet… Tu vas un
peu trop loin vers l’ouest, Fred, ajouta
George en montrant la boussole fixée au tableau de bord. Fred tourna légèrement le volant.
—Et votre père, il sait que vous avez pris la voiture ? demanda Harry.
—Heu… non, répondit Ron. Il devait rester travailler au ministère hier soir. Mais heureusement,
on sera rentrés à la maison avant que Maman ait pu s’apercevoir qu’on a emprunté la voiture.
—Qu’est-ce qu’il fait, au ministère de la Magie, votre père ?
—Il travaille dans le bureau le plus ennuyeux, dit Ron. Le service des Détournements de
l’Artisanat moldu.
—Le quoi ?
—Ça concerne tous les objets fabriqués par les Moldus et qui ont été ensorcelés. Il faut s’occuper
de les neutraliser si jamais ils reviennent dans des magasins ou des maisons de Moldus. Par
exemple, l’année dernière, une vieille sorcière est morte et son service à thé a été vendu à un
brocanteur. Une Moldue l’a acheté, l’a emporté chez elle et a essayé de servir le thé à des amis. Ça
s’est transformé en cauchemar. La théière a piqué une crise et a commencé à verser du thé partout
dans la maison. Un homme a fini à l’hôpital avec une pince à sucre coincée dans le nez. Papa a eu
un travail fou ce jour-là. Ils ne sont que deux au bureau, lui et un vieux sorcier du nom de
Perkins. Ils ont passé la soirée à jeter des sortilèges d’amnésie et des trucs comme ça pour que
personne ne se souvienne de rien…
—Mais… cette voiture… c’est ton père qui… Fred éclata de rire.
—Papa adore tout ce que fabriquent les Moldus. Il a un garage plein de ces machins-là. Il les
démonte, leur fait subir un tas de sortilèges et les remonte. S’il devait faire une perquisition dans
sa propre maison, il serait obligé de se mettre lui-même en prison. Ça rend ma mère folle de rage. —Voilà la grande route, dit George en regardant à travers le pare-brise. On sera arrivés dans dix
minutes. Il est temps, le jour commence à se lever.
Une faible lueur rosé se dessinait en effet à l’horizon.
La voiture perdit de l’altitude et Harry aperçut une mosaïque de champs et de bosquets.
—On est tout près du village, dit George. La voiture volante se rapprocha du sol. Un soleil rouge
et brillant commençait à luire à travers les arbres.
—Atterrissage ! annonça Fred.
Ils touchèrent le sol avec un léger soubresaut et s’immobilisèrent à proximité d’un garage délabré
qui s’élevait au milieu d’une petite cour. Harry vit alors pour la première fois la maison de Ron.
On aurait dit une vaste porcherie qui aurait été agrandie au fil du temps. Haute de plusieurs
étages, la maison paraissait si bancale qu’elle ne semblait tenir que par magie (ce qui était
probablement le cas, songea Harry). Quatre ou cinq cheminées se dressaient sur le toit rouge et
un écriteau tordu, planté près de l’entrée, portait le nom de la maison : « Le Terrier. » Des bottes
entassées en désordre et un vieux chaudron rouillé encadraient la porte. Quelques gros poulets
bien gras picoraient dans la cour.
—Ce n’est pas très luxueux, dit Ron.
—C’est merveilleux, tu veux dire ! s’exclama Harry d’un ton ravi en repensant à Privet Drive. Ils
sortirent de la voiture.
—Maintenant, on va monter là-haut sans faire de bruit, dit Fred, et on attendra que Maman nous
appelle pour le petit déjeuner. A ce moment-là, Ron, tu te précipites dans la cuisine en criant : «
Maman, regarde qui est arrivé cette nuit ! » Elle sera ravie de voir Harry et personne ne saura
jamais qu’on a emprunté la voiture.
—D’accord, dit Ron. Viens, Harry, ma chambre est…
Ron s’interrompit. Ses yeux se fixèrent sur la maison et son visage prit soudain une teinte
verdâtre. Les trois autres firent aussitôt volte-face.
Mrs Weasley traversa la cour à grands pas, provoquant la panique parmi les poulets. La petite
femme replète au visage bienveillant semblait s’être brusquement transformée en une tigresse
redoutable.
—Aïe ! dit Fred.
—Hou, là, là, dit George.
Mrs Weasley vint se planter devant eux, les mains sur les hanches, regardant alternativement
chacun de ses trois fils qui baissaient la tête d’un air coupable. Elle portait un tablier à fleurs avec
une poche d’où dépassait une baguette magique.
—Alors ? dit-elle. —Bonjour, M’man, dit George en s’efforçant, sans grand succès, d’adopter un ton joyeux et
conquérant.
—Est-ce que vous vous rendez compte que j’étais morte d’inquiétude ? dit Mrs Weasley dans un
murmure impressionnant.
—Désolé, M’man, mais tu sais, il fallait que…
Chacun des trois fils de Mrs Weasley était plus grand qu’elle, mais ils semblèrent se ratatiner sur
place lorsque sa rage explosa.
—Les lits vides ! Pas le moindre mot ! La voiture disparue… auriez pu avoir un accident… folle
d’inquiétude… vous en fichez ?… jamais vu ça… attendez que votre père soit rentré ! Jamais Bill,
Charles ou Percy ne nous ont causé autant de soucis…
—Le préfet Percy… marmonna Fred.
—TOI, TU FERAIS BIEN DE T’INSPIRER DE PERCY UN PEU PLUS SOUVENT ! s’écria
Mrs Weasley en enfonçant l’index dans la poitrine de Fred. Vous auriez pu vous tuer, vous auriez
pu vous faire repérer par les Moldus, vous auriez pu faire perdre son travail à votre père !…
Elle sembla hurler ainsi pendant des heures. Enfin, lorsqu’elle se fut cassé la voix, elle se tourna
vers Harry qui eut un mouvement de recul.
—Je suis vraiment très contente de te voir, Harry, dit-elle. Viens donc manger quelque chose, tu
dois avoir faim.
Elle tourna sur ses talons et rentra dans la maison. Harry lança un regard inquiet à Ron qui lui fit
un signe de tête pour l’encourager à la suivre.
La cuisine était petite et encombrée. Une table et des chaise en bois brut occupaient le centre de
la pièce. Harry s’assit sur le bord d’une chaise en regardant autour de lui. C’était la première fois
qu’il pénétrait dans une maison de sorciers.
La pendule accrochée au mur, en face de lui, n’avait qu’une seule aiguille et aucun chiffre. Tout
autour du cadran on pouvait lire diverses inscriptions : « Heure du thé », « Heure de nourrir les
poulets », ou « Tu es en retard. » Trois rangées de livres s’alignaient sur le manteau de la
cheminée. Harry lut quelques-uns des titres : Comment ensorceler son fromage, La Pâtisserie
magique, Festin minute en un coup de baguette. Une vieille radio posée à côté de l’évier annonça
l’émission « Salut les Sorciers » avec la célèbre chanteuse Célestina Moldubec.
Dans un cliquetis de vaisselle, Mrs Weasley s’occupait à préparer le petit déjeuner avec de grands
gestes désordonnés, jetant des saucisses dans la poêle et des regards furieux à ses trois fils. De
temps en temps elle marmonnait quelque chose : « Je me demande ce que vous avez dans la tête
», ou « Jamais je n’aurais pensé une chose pareille. »
—Toi, tu n’y es pour rien, mon pauvre chéri, dit-elle à Harry en remplissant son assiette d’un gros
tas de saucisses. Arthur et moi, nous nous faisions du souci à ton sujet. Hier soir encore, nous
nous sommes dit que nous irions te chercher nous-mêmes si vendredi tu n’avais pas répondu à Ron. Mais quand même (elle rajouta trois œufs au plat sur le tas de saucisses), traverser la moitié
du pays dans une voiture volante totalement interdite ! N’importe qui aurait pu vous voir…
Elle agita machinalement sa baguette magique en direction de l’évier où la vaisselle entassée
commença à se laver toute seule.
—Il y avait des nuages, M’man ! dit Fred.
—Toi, tu ne parles pas la bouche pleine ! répliqua sèchement Mrs Weasley.
—Mais, M’man, ils ne lui donnaient rien à manger ! dit George.
—Toi aussi, tu te tais !
Mrs Weasley paraissait un peu calmée lorsqu’elle coupa du pain qu’elle se mit à beurrer pour le
donner à Harry.
Au même moment, une petite silhouette aux cheveux roux, vêtue d’une chemise de nuit, apparut
dans la cuisine, poussa un cri et ressortit en courant.
—C’est Ginny, dit Ron à voix basse en se tournant vers Harry. Ma sœur. Elle a passé l’été à nous
parler de toi.
—Elle veut ton autographe, Harry, dit Fred avec un sourire.
Il croisa alors le regard de sa mère et baissa la tête sans ajouter un mot. Le silence régna jusqu’à
ce que les quatre assiettes aient été vidées, ce qui ne mit guère de temps.
—Hou, là, là, je suis fatigué, dit Fred dans un bâillement en posant enfin son couteau et sa
fourchette. Je crois que je vais aller me coucher et…
—Certainement pas ! dit sèchement Mrs Weasley. C’est entièrement ta faute si tu as passé la nuit
sans dormir. Tu vas immédiatement aller dégnomer le jardin. Ces horribles créatures ont encore
tout envahi.
—Oh, M’man…
—Et vous deux, vous allez l’aider, reprit-elle en jetant un regard furibond à Ron et à George. Toi,
tu peux aller te coucher, mon chéri, ajouta-t-elle à l’adresse de Harry. Ce n’est pas toi qui leur as
demandé de prendre cette maudite voiture.
Mais Harry n’avait pas du tout sommeil.
—Je préférerais aider Ron, dit-il précipitamment. Je n’ai jamais vu dégnomer un jardin…
—C’est très gentil à toi, mon chéri, mais c’est un travail très ennuyeux. Voyons un peu ce que
Lockhart dit à ce sujet.
Elle prit un gros volume sur la cheminée. George poussa un grognement.
—M’man, on sait très bien dégnomer un jardin. Harry jeta un coup d’oeil à la couverture du livre. Ecrit en lettres d’or, il lut : Gilderoy Lockhart
Le Guide des créatures nuisibles. Au-dessous, une grande photo montrait un sorcier au visage
séduisant avec des cheveux blonds ondulés et des yeux bleu clair. Comme toujours dans le
monde des sorciers, la photo était animée : Gilderoy Lockhart ne cessait de lancer des clins d’oeil
coquins autour de lui. Le visage de Mrs Weasley rayonnait.
—Il est tellement merveilleux, dit-elle. Il sait tout sur les nuisibles, c’est un livre remarquable…
—M’man a un faible pour lui, dit Fred dans un murmure parfaitement audible pour tout le monde.
—Allons, Fred, ne sois pas ridicule, protesta Mrs Weasley, les joues rosissantes. Si vous pensez
que vous en savez plus que Lockhart, allez-y, débrouillez-vous, mais gare à vous si je trouve le
moindre gnome dans le jardin quand j’irai faire mon inspection.
Bâillant et ronchonnant, les frères Weasley sortirent d’un pas traînant, suivis par Harry. Le jardin
était grand et correspondait exactement à l’idée que Harry se faisait d’un jardin. Les Dursley ne
l’auraient pas aimé du tout—il était envahi de mauvaises herbes et la pelouse avait grand besoin
d’être tondue—mais Harry était émerveillé par les arbres noueux plantés le long des murs et les
massifs débordant de plantes et de fleurs qu’il n’avait encore jamais vues, sans compter la grande
mare verte remplie de grenouilles.
—Les Moldus aussi ont des gnomes dans leurs jardins, dit Harry à Ron.
—Oui, j’en ai vu, dit Ron, penché sur un massif de pivoines. Mais ce ne sont pas de vrais gnomes,
on dirait des petits pères Noël grassouillets avec des brouettes et des cannes à pêche…
Il y eut soudain une grande agitation dans les pivoines qui se mirent à remuer en tous sens et Ron
se redressa en tenant une créature à la main.
—Ça, c’est un vrai gnome, dit-il d’un air sombre.
—Fishmoilapaix ! Fishmoilapaix ! couina le gnome.
Il n’avait en effet rien à voir avec un père Noël. Il était petit avec une peau comme du cuir, et une
grosse tête chauve couverte de verrues qui ressemblait à s’y méprendre à une pomme de terre.
Ron le tenait à bout de bras tandis que la créature essayait de lui donner des coups de ses petits
pieds noueux. Ron l’attrapa par les chevilles et le retourna la tête en bas.
—C’est comme ça qu’il faut s’y prendre, dit-il.
Il leva le gnome au-dessus de sa tête (« Fishmoilapaix ! ») et le fit tourner comme un lasso. En
voyant l’expression choquée de Harry, Ron expliqua :
—Ça ne leur fait pas mal. Simplement, il faut leur donner le tournis pour qu’ils ne retrouvent plus
le chemin de leurs trous à gnomes.
Il lâcha les chevilles de la créature : celle-ci fit alors un vol plané de plusieurs mètres et atterrit
avec un bruit sourd dans le champ qui s’étendait de l’autre côté de la haie.

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